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ATELIER DU SPECTATEUR

avec Bruno Noël, Isabelle Alfred, Olivier Viaud

 

Découvrir, analyser, discuter ensemble des spectacles

vivants pour faire progresser son jeu et son regard

critique. Un choix de 1 à 6 spectacles à la Comédie de Caen, Centre Dramatique Nationale de Normandie, Théâtre de Caen, Champ

Exquis, Théâtre Foz, Bayeux, Jean Vilar à Ifs, Théâtre

de Vire... guidé par les artistes de Vert Lézard.

ATELIER DU SPECTATEUR - VERT LEZARD 2009 2010

Nous vous proposons 4 rendez-vous à la Comédie de Caen – Centre Dramatique Nationale de Normandie.

Tarif coopérateur : 8€ par spectacle au lieu de 12€ et cotisation Vert Lézard.

Si vous êtes intéressés, veuillez me joindre au 06 08 26 12 35

Bruno Noël

 

 

Mercredi 21 octobre 2009 à 19h30 au Théâtre des Cordes

Toâ de Sacha Guitry

Mise en scène et scénographie Thomas Jolly

 

Toâ est une «pièce-bilan» pour Sacha Guitry. Il pose sur lui-même (via le personnage de Michel – auteur dramatique qui écrit une pièce sur sa rupture avec Ecaterina) et sur son théâtre (via la représentation de Michel et via Ecaterina qui l'interpelle du public pour le décrédibiliser) un regard honnête, juste et objectif. Il se moque de lui-même en même temps qu'il se défend des critiques qu'on lui fait (Sacha Guitry était appelé «Monsieur Moâ», il a répondu à cette critique «pauvres sots qui me reprochez ma façon de dire moi, si vous étiez de mes intimes, vous sauriez comment je dis toi...» cette citation ouvre le spectacle..). Guitry, en inventant son double (Michel), prend alors du recul sur lui-même et sur son travail et dresse un bilan sensible. D'autant plus notable, que Toâ est en quelque sorte une réécriture de Florence, 111e pièce de Sacha Guitry, écrite en 1939, dans laquelle il amorçait déjà cette question d'autocritique... il la reprend en 1949, sous le titre Toâ, comme si ces dix années, marquées par la guerre, l'occupation allemande, les suspicions de collaboration et la prison, avaient fait prendre à Guitry un recul... une remise en question. Il ne parle plus de lui en disant «moâ», il s'analyse, se regarde, décrypte son travail... Changé, marqué, à ses yeux et aussi, il le sait, aux yeux du public. Comme ayant atteint une limite. Car derrière l'auteur à succès il y a l'homme, il y a l'artiste, et c'est sur lui que Sacha Guitry dirige son regard... et le nôtre... et le mien. C'est au final un questionnement sur l'artiste et ce qu'il met de lui dans son œuvre : peut-on jouer avec notre histoire ? Quand commence l'impudique ? Jusqu'à quel point peut-on s'utiliser ? Quelle est la limite entre la personne et le personnage ? Entre l'acteur et l'homme ? La scène peut-elle être l'endroit du privé ? (Texte de Thomas Jolly)

 

Pourquoi Toâ ?

J’ai vu jouer Thomas Jolly lors d’une restitution alors qu’il était encore élève à l’Actéa à Caen. Il faisait preuve déjà d’une grande présence sur le plateau et de beaucoup d’originalité. Il est entré ensuite à l’Ecole du TNB à Rennes. Sa mise en scène a été plébiscitée par le public du Théâtre de l’Odéon. Une personne et un travail à suivre. Son spectacle promet d’être jubilatoire.

 

Mercredi 9 décembre 2009 à 19h30 au Théâtre d’Hérouville

Questo buio feroce

Idée et mise en scène de Pippo Delbono

 

Critique théâtre de Cathy Blisson - Télérama n° 3025 - 05 janvier 2008 :

Une danse macabre et bigarrée où le dramaturge Pippo Delbono apprivoise la souffrance et la mort.

Le risque, quand on parle de Pippo Delbono, c'est de verser dans l'overdose lyrique, avec des trémolos dans les mots. Il a tout pour provoquer ça, Delbono. Une gueule de poète maudit, la rage au bord du sourire et une vie qui ressemble à un long torrent turbulent, avec la mort d'un amour en plein dedans, la maladie en travers et la dérive qui joue les sirènes. Et aussi une troupe de comédiens amateurs ou professionnels, de bonshommes cabossés croisés dans la dérive. Et encore de grandes questions sans réponse, comme autant d'urgences de scène : la vie et la mort par exemple, points d'ancrage de Questo buio feroce. Dans Wild Darkness, le livre qui donne son nom à la pièce, le poète américain Harold Brodkey avait raconté son périple vers une mort bien particulière (le sida), qui n'est pas étrangère aux préoccupations de Pippo Delbono, le séropositif. Et c'est pour ça qu'elle serait dommageable, l'overdose lyrique ; parce que justement Delbono s'ébat, sans jamais basculer, sur un fil qui court de la gravité sans fard à l'exubérance exutoire. Si ce démiurge-là craint la mort, il le camoufle bien. Il semble l'apprivoiser plutôt que l'exorciser. Il lui en « fout » plein la vie, à travers ses collages d'images paradoxales, à deux doigts du cabaret. S'y entrechoquent un homme en slip, corps long et décharné, masque africain sur le visage ; un type suspendu à des poches de sang, deux autres en combinaisons stériles ; des femmes et des travestis maquillés comme des voitures volées; des personnages en costumes d'autres siècles ; un cortège de pleureuses voilées de noir, dont les larmes se transforment en jérémiades de série B, voire Z. Auxquels s'ajoutent deux arlequins tout en grâce évanescente ; Gianluca Ballaré, jeune trisomique, et Bobò, vieux sourd-muet microcéphale arraché à quarante-cinq ans d'asile psychiatrique. De cette Obscurité féroce bigarrée, on sort comme d'un rêve initiatique.

 

Pourquoi Pippo Delbono ?

Je n’ai vu encore aucun de ses spectacles mais je n’arrête pas d’en entendre parler. Il fait partie de ces grands créateurs comme Castellucci qui ne sont pas seulement metteurs en scène, scénographes ou directeurs d’acteur, mais apportent une vision du monde, « s’essaient à l’invention d’une véritable langue pour la scène ». Nous allons faire ensemble un curieux voyage.

 

Mercredi 13 janvier 2010 à 19h30 au Théâtre d’Hérouville

Tori no tobu takasa

Une adaptation japonaise de « Par-dessus bord » de Michel Vinaver

Mise en scène Arnaud Meunier

 

Proposer à Hirata d'adapter Par-dessus bord, peut-être la pièce la plus emblématique de Vinaver, c'était d'abord pour Arnaud Meunier initier une rencontre, provoquer une confrontation entre deux écritures singulières, ironiques, à la précision diabolique, qui tendent un miroir acerbe au monde sous couvert d'ordinaire. C'était également relever un défi : celui de transposer la pièce dans le contexte de mondialisation tel que nous le vivons au quotidien. Passer de la France des années 70 au Japon de 2009, donner un prolongement à cette folle épopée du capitalisme, tout en conservant à l'œuvre son intégrité. Tori no tobu takasa / Par-dessus bord est un projet de coopération internationale pour le moins atypique, mettant en relation deux grands auteurs et un jeune metteur en scène, deux compagnies, l'une française, l'autre japonaise, et des acteurs de langues et de nationalités différentes.

 

Pourquoi choisir cette adaptation en japonais de « Par dessus bord » ?

C’est une création en France. Il a déjà été présenté au Japon. C’est une sorte d’ « objet spectaculaire non identifié ». Quelque chose qui va nous intriguer, nous étonner et nous séduire.

 

Mercredi 10 février 2010 à 19h30 au Théâtre des Cordes

Borges vs Goya de Rodrigo Garcia

Mise en scène Arnaud Troalic

Ce sont deux pièces différentes mais jouées simultanément, l'une en français (Borges), l'autre en espagnol (Goya). Goya était sourd et Borges aveugle... Un peintre et un écrivain. Deux artistes identifiés qui peignent et racontent le monde qui les entoure. “Le mieux dans la perte d'un sens, c'est que ça en enflamme un autre à coup sûr...” Ayant tous deux d'autres sens en émoi, ils restent tout de même isolés du fait même de leur infirmité. Sur un même plateau : deux hommes, deux monologues, deux parcours, deux textes, deux langues, deux questions : “Où je suis allé ?” “Pour y faire quoi ?”. Leur handicap est de faire partie d'une génération de perdants qui se sont fait enculer jusqu'à l'os. De ne pas avoir été préparés et éduqués. De décrier un système qui les dépasse. De n'avoir comme parade que la tchatche. De provoquer pour exister. De crier pour être entendus. De choquer pour être écoutés. D'être nus pour être vus. D'être manipulés. Tous deux isolés – ni artistes ni handicapés – se posent la question de leur identité, de leur utilité. “Il faut faire quelque chose. ET TOUT DE SUITE.”

 

Pourquoi cette Borges vs Goya ?

En 1993 au Théâtre de la Ville du Havre, Arnaud jouait Cléante et moi Béralde dans le Malade imaginaire. Il a fait du chemin depuis. Son spectacle a été repéré et apprécié à Avignon 2008. Depuis, son spectacle tourne bien. L’auteur Rodrigo Garcia est assez radical en son genre. Bonne énergie.